Je travaille dans l’IA, l’optimisation numérique des entreprises et la technologie depuis longtemps. Je ne pensais pas qu’il y avait un problème de demande.
C’est vrai que je vois beaucoup d’incertitude chez les dirigeants face à l’IA. Mais incertitude, dans ma tête, ce n’était pas absence de demande.
En mai 2026, j’ai changé d’avis sur cette question. Et je veux vous partager le geste tactique qui me semble le plus utile pour toute PME/organisation qui veut faire de l’IA en 2026.
Asseyez-vous et documentez un processus
Le geste le plus utile que vous puissiez poser rapidement pour votre IA ne nécessite ni budget, ni licence, ni démo de vendeur.
Un crayon. Un papier. Une heure de votre temps.
Choisissez un de vos processus. N’importe lequel. Celui qui agace le plus vos équipes terrain, ou celui qui vous fait perdre du temps en compilation manuelle. Documentez-le en séquence : étape 1, étape 2, étape 3, jusqu’à la fin.
Sans technologie. Sans jargon IA. Juste la logique d’opération telle qu’elle se déroule vraiment dans votre organisation.
Puis, étape par étape, demandez-vous : comment l’IA pourrait-elle remplacer ou alléger cette étape ? Vous allez en trouver plusieurs.

Et si vous préférez la version assistée : prenez votre processus documenté, partagez-le avec un chatbot IA, et demandez-lui d’identifier les opportunités d’optimisation. Il vous les listera lui-même.
Cette liste, c’est le début de votre demande formulée.
Pourquoi cette étape change tout
Quand on regarde la pub IA aujourd’hui, on voit surtout des chatbots. Une interface, des questions, des réponses. C’est utile, mais ce n’est pas là que se joue la transformation pour une PME/organisation.
Là où l’IA fait vraiment une différence, c’est dans les processus. Comment l’organisation suit ses dossiers, capte ses signaux, génère ses rapports, prend ses décisions.
Et c’est précisément là que la demande n’est pas formulée.
L’IA dans les processus fait peur
Une PME/organisation peut tester un chatbot sans risque. Si ça ne marche pas, on l’enlève, personne n’est touché. Mais mettre l’IA dans un processus, ça touche aux opérations, aux équipes, aux clients, aux membres. C’est plus engageant. Et c’est exactement pour ça que la demande hésite.
Le réflexe qui coûte cher
La plupart des dirigeantes et dirigeants cherchent encore le produit qui sera bon pour leur organisation. C’est le réflexe : magasiner, comparer, choisir parmi ce qui existe. Et ils ressortent avec ce que le vendeur avait à vendre. Pas avec ce dont leur organisation avait besoin.
Le nouveau paradigme
Aujourd’hui, on peut penser autrement. Quels sont mes besoins ? Mes objectifs ? Ma façon de travailler ? Définir les spécifications. Créer le produit qu’on veut, plutôt que le choisir parmi ceux qui existent.
Et ça, à des coûts énormément moindres qu’avant. Il n’y a pas si longtemps, créer une plateforme custom coûtait des centaines de milliers de dollars. Plusieurs mois de développement. Du code écrit à la main, ligne par ligne. Réservé aux grandes entreprises.
Aujourd’hui, c’est accessible. Grâce à l’intelligence artificielle qui accélère le développement, le rendu, l’itération.
“« La demande, c’est la première spec d’architecture. » — Steve Johnston
Ce que j’ai vu sur le terrain
Dans un précédent billet de L’Architecte, je parlais des trois regroupements provinciaux du Québec qui bâtissent ensemble une architecture hybride 70-30. Ce que je n’ai pas raconté, c’est comment ils en sont arrivés là.
Le contexte avant
Pendant des années, chacun cherchait un SaaS qui collerait à sa mission. Aucun ne convenait. Le premier a attendu environ 18 mois. Les deux autres, près de 3 ans. Pendant ce temps, leurs équipes terrain compilaient manuellement, leurs membres recevaient un service moins fluide qu’il aurait pu être, et chacune des trois directions générales sentait qu’elle « passait à côté de l’IA » sans pouvoir nommer précisément ce qui manquait.
Ils étaient en posture de consommateurs d’offre. Et l’offre ne livrait pas.
Ce qui a tout changé
Le déclic : passer du mode « consommateur d’offre » au mode « formulateur de demande ».
Au lieu de chercher un SaaS, ils ont écrit la spec de ce qu’ils voulaient. Pas un cahier de charges technique avec des cases à cocher. Une description de la logique d’opération qu’ils voulaient supporter. Comment leurs équipes terrain travaillaient. Quels signaux ils voulaient capter à temps. Quels rapports ils voulaient générer en quelques clics au lieu de quelques semaines.
Quand cette spec a été claire, deux choses sont apparues. D’abord, qu’à trois ils pouvaient se payer ce que seul aucun n’aurait pu. Ensuite, qu’à trois ils pourraient comparer anonymement leurs lectures du même territoire (les 17 régions du Québec).
Le résultat
L’architecture hybride 70-30 décrite dans le billet précédent n’est pas le point de départ. C’est le résultat.
Le point de départ a été : formuler ensemble une demande claire.
Et le coût d’attente précédent (18-36 mois selon le regroupement) montre exactement ce qu’on observe dans tellement d’organisations. La PME/organisation canadienne ne souffre pas d’un problème d’offre IA. Elle souffre de savoir ce qu’elle veut commander.
Validation macro : le diagnostic d’Arsenault
Ce que je vois sur le terrain à l’échelle PME/organisation, un capital-risqueur reconnu l’a posé à l’échelle nationale en mai 2026.
Le 11 mai 2026, devant le Cercle canadien de Montréal, Chris Arsenault, fondateur et chef de la direction d’Inovia Capital, a livré un diagnostic qui inverse le débat habituel sur l’IA au Canada :
“« Le Canada n’a pas un problème d’offre, mais un problème de demande. »
L’écosystème canadien a déjà une offre solide. Cohere, Mila, le talent montréalais, des centaines de startups. La technologie existe, le talent est là. Ce qui manque, c’est du côté des acheteurs.
Son angle américain résonne particulièrement. Aux États-Unis, l’État et les grandes entreprises stimulent l’innovation, stimulent l’économie, donnent le chemin aux PME/organisations pour avancer. Au Canada, on a tendance à attendre que la demande vienne d’ailleurs.
Ce qu’Arsenault décrit au niveau macro se reproduit en miroir parfait dans chaque PME/organisation. Une à la fois.
Source : La Presse, Richard Dufour, « Intelligence artificielle : Le Canada n’a pas un problème d’offre, mais un problème de demande », 11 mai 2026.
La séquence en 3 étapes
Pour une PME/organisation qui veut sérieusement faire de l’IA en 2026 :
Étape 1 — Formuler la demande. Le geste de cet article. Asseyez-vous et documentez un de vos processus. En quelques minutes, maximum une heure, vous allez détecter où l’IA peut vous aider. Ou partagez votre documentation avec un chatbot IA et il vous dira lui-même comment optimiser.
Étape 2 — Choisir le dosage. SaaS pur, hybride 70-30, ou custom (voir l’édition du 14 mai sur l’intelligence d’affaires organisationnelle). Une fois la demande claire, le choix du dosage devient facile.
Étape 3 — Trouver le partenaire qui exécute votre demande. Pas celui qui vous vend la sienne.
La majorité des PME/organisations sautent l’étape 1 et arrivent à l’étape 3 avec rien à demander. Elles ressortent avec ce que le vendeur avait à vendre.
Devenir « premier client » de votre propre transformation, c’est commencer par l’étape 1.
Mon ancrage personnel
Je suis administrateur de l’incubateur Axéo en Outaouais depuis 2017. Je connais la réalité des startups. Mettre une startup en relation avec une grande entreprise, ça débloque des solutions innovantes. Quand le grand acteur joue son rôle de premier client, ça marche.
Ce que je vois dans le monde des startups, je le vois en miroir dans les PME/organisations elles-mêmes. Le déclic ne vient pas de l’offre. Il vient de la formulation claire d’une demande.
Si vous voulez qu’on formule votre demande ensemble, voici mon lien Calendly pour cédulez 30 minutes avec moi.
Édition du 21 mai 2026 de L’Architecte, l’infolettre de Steve Johnston pour PME/organisations qui veulent faire de l’IA sérieusement.
Suite éditoriale au billet du 14 mai 2026 sur l’intelligence d’affaires organisationnelle.