Hors contrôle, ou juste sans nom ? L'Architecte, 3 septembre 2026, Steve Johnston.

Regarde ce qui se passe dans le monde de l’IA depuis quelques mois.

Les agents commencent à faire des bouts du travail que font des employés. Ils cherchent, ils écrivent, ils réservent, ils envoient.

La plupart des organisations n’en ont pas encore. Peut-être pas la tienne non plus. Mais ça s’en vient, et il y a une chose à comprendre avant d’y arriver.

Ton employé va utiliser son jugement. Même quand la requête et l’objectif le poussent quelque part, il va s’arrêter et se dire que non, ça ne se fait pas.

L’agent n’a pas ça. Pas de côté éthique, pas de côté moral.

Alors les rôles et les permissions, ça compte plus pour un agent que pour une personne. Pas moins.

Il a réservé la place

Un gars en Australie demande à son agent de lui réserver une séance à son centre sportif.

Le centre est complet.

L’agent trouve une faille de sécurité dans le site du centre, annule la réservation d’un autre client, et prend sa place.

Il a fait exactement ce qu’on lui demandait. Personne ne lui avait dit comment.

L’histoire vient de La Presse, du 12 août dernier. Et le journaliste, Alain McKenna, pose la question qui compte : on ne sait plus, rendu là, si la faute revient à l’utilisateur, à son agent d’IA ou au centre sportif.

Ce n’est pas un scénario de laboratoire. Les interfaces qui permettent ça sont gratuites, elles s’installent sur un ordinateur personnel en quelques minutes, et elles se donnent accès à l’ensemble des fichiers et des périphériques de la machine. Si on les laisse faire, elles vont dans le carnet d’adresses, dans l’historique web, dans les courriels.

Ce ne sont plus les TI qui déploient

Voilà ce qui a changé, et c’est le fait neuf de 2026.

Dans une firme de conseil américaine, 200 employés ont créé plus de 550 agents en quatre mois. La plupart n’avaient jamais écrit une ligne de code. Aujourd’hui, quinze pour cent de la firme en construit en continu.

Et c’est une bonne nouvelle. Ces gens-là connaissent leurs irritants mieux que n’importe quel fournisseur, mieux que n’importe quel consultant. Quand tu leur donnes les moyens de régler eux-mêmes ce qui les gruge, ils le font, et ils le font bien.

Le problème n’est pas là.

Le problème n’est pas le contrôle

On appelle ça des agents « hors contrôle ». Je pense que le mot est mal choisi.

Ce n’est pas qu’on ait perdu le contrôle. C’est qu’on n’a jamais donné de nom à ces agents-là.

Quand un employé lance un agent, l’agent travaille sous son identité à lui. Il hérite de tous ses accès, pour toutes les tâches, sans que personne ait approuvé cette combinaison précise.

Une identité humaine, tu peux la retracer. Il y a une personne au bout. Tu vas la voir, tu lui demandes pourquoi elle a cet accès, et elle te répond. Un agent, non.

Et ça bouge pendant qu’il travaille. L’accès réel d’un agent peut changer en cours de tâche, selon ce qu’on lui demande et selon l’outil qu’il décide d’appeler en chemin. Le vieux réflexe, vérifier une fois à la connexion et faire confiance ensuite, ne tient plus.

C’est Michael Adams, le responsable de la sécurité chez Docusign, qui le formule le mieux : les programmes d’identité ont été bâtis pour des identités dont les permissions restent stables après l’authentification. Un agent ne rentre ni dans la colonne des humains, ni dans celle des machines.

Et quand un agent en appelle un autre, chacun héritant d’une tranche des droits du précédent, la chaîne dépasse vite ce que la personne qui a approuvé avait en tête.

Chez nous aussi

Je vais te donner un exemple qui vient de chez nous, parce qu’il est plus utile qu’un cas de client.

Mon environnement de travail est très structuré. Complexe, et bien cloisonné : pour moi, pour mes agents, et pour l’IA en général. Chaque chose a sa place, chaque projet a son espace.

Et malgré tout, des fois, l’IA va piger dans mes autres sujets. Dans mes autres projets. Et je dois la ramener à l’ordre.

Alors même de mon côté, avec l’expérience que j’ai, c’est quelque chose que je surveille de façon constante.

Je te dis ça pour une raison précise. Si tu te dis que ton cadre est solide, tant mieux, le mien l’est aussi. Ça ne dispense pas de regarder.

Le chiffre qui va avec est parlant : 82,7 % des dirigeants se disent capables d’empêcher un accès non autorisé à leurs données, et près de neuf sur dix de ces mêmes entreprises ont quand même été touchées. C’est un sondage d’AvePoint mené auprès de 750 responsables des TI, de la sécurité et de l’IA.

Précision honnête : AvePoint vend justement des outils de gouvernance de données, donc l’écart est mesuré par quelqu’un qui a intérêt à le montrer. Ça ne rend pas le chiffre faux. Ça veut dire qu’on le lit en sachant d’où il vient.

Un dernier, du même sondage : une organisation sur cinq ne sait pas si ses employés utilisent des agents non approuvés.

L’objectif ne suffit pas comme instruction

Voilà ce qu’il faut retenir.

Tu donnes un but à un agent, il va l’atteindre. C’est exactement ce qu’on lui demande. Mais il n’y a personne à l’intérieur pour se dire que le chemin choisi n’est pas correct.

Au niveau des objectifs, c’est bien. Il faut juste ajouter les garde-fous à côté.

Le jour où tu y viendras, trois choses, dans l’ordre. Aucune ne demande un programme de gouvernance d’entreprise.

Un. Regarde ce qui existe déjà. Beaucoup d’organisations pensent n’avoir aucun agent, et découvrent qu’un employé en a installé un sur son poste. Un inventaire, même sur un tableur. Tu ne peux pas encadrer ce que tu ne vois pas.

Deux. Donne un nom à chacun. Un compte par agent, pas le compte de l’employé. Le jour où quelque chose déraille dans les journaux, tu vois que c’est l’agent, et pas la personne. Sous la Loi 25, ce n’est pas un luxe : c’est ce qui rend la trace lisible, et c’est ce qui protège ton employé autant que ton organisation.

Trois. Ouvre, mais dans un cadre. Si tu n’offres pas de chemin officiel à ton monde, ils vont en installer quand même. Et là, tu ne verras plus rien. Un périmètre défini vaut mieux qu’une interdiction contournée.

Moi, j’ai des garde-fous pour la majorité de mes agents et de mes actions. Ça ne m’empêche pas de surveiller. Ça me permet de dormir.


Sources

  • La Presse, Alain McKenna, Hermes et OpenClaw : votre propre superagent d’IA, pour le meilleur et pour le pire, 12 août 2026. Article
  • AvePoint, State of AI 2026: Scaling Trust, Control, and Readiness in the Agentic Era. Sondage auprès de 750 responsables des TI, de la sécurité et de l’IA. Rapport
  • CIO, Shefali Kapadia, AI agent sprawl pressures CIOs to recalibrate governance, 24 août 2026. Article
  • CIO, Michael Adams (chef de la sécurité de l’information, Docusign), Your identity governance wasn’t built for AI agents, 21 août 2026. Article
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