On nous a parlé longtemps de SEO (Search Engine Optimization) pour les sites web, l’optimisation pour les moteurs de recherche.
Maintenant on nous parle de GEO (Generative Engine Optimization), l’optimisation pour les moteurs génératifs.
Qu’est-ce que c’est vraiment ? C’est la recherche que font les modèles d’IA pour retrouver tes informations, ton site web et tes produits.
Alors la question de cette semaine : qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui, concernant le GEO, au Québec ?
La réponse est sortie en juin
Et je ne l’ai vue passer nulle part.
Le Québec est la province canadienne où l’intelligence artificielle pèse le plus dans les décisions d’achat. 45 % des Québécois s’en sont servis pour appuyer une décision dans la dernière année, contre 39 % pour l’ensemble du pays. Le sondage a été mené par Léger pour la Banque Nationale en juin 2026, auprès de 1 518 personnes.
L’Ontario suit à 41 %, l’Atlantique à 35 %, l’Alberta et la Colombie-Britannique à 34 %. L’écart n’est pas énorme, mais il est constant : sur ce terrain-là, le Québec est devant.
Ce n’est pas une projection sur ce qui s’en vient. C’est déjà arrivé.
Une autre donnée, canadienne celle-là, place l’IA à 13 % de la façon dont les acheteurs découvrent des produits. À égalité avec les sites web de détaillants, les applications et les circulaires. Elle vient du Conseil canadien du commerce de détail avec Caddle, auprès de 8 768 acheteurs, en février 2026.
Treize pour cent d’un canal de découverte, ce n’est plus une curiosité de veille technologique. C’est une part de marché.
Position ou mention : ce qui change vraiment
Le référencement, tout le monde a fini par comprendre à quoi ça servait. Sortir dans la liste de Google, et être cliqué. On a longtemps optimisé pour ça.
Sauf que ton client ne demande plus une liste.
Il demande une réponse. Et la machine lui en donne une seule, avec deux ou trois noms dedans.
La question n’est donc plus « à quelle position je sors ». C’est « est-ce qu’on mentionne mon organisation ».
C’est ça, la vraie différence. Le SEO (Search Engine Optimization) se mesure en position dans un classement. Le GEO (Generative Engine Optimization) se mesure en mention dans une réponse. Ce n’est pas la même game, et ce n’est surtout pas le même travail.
Et voici une façon de voir la chose : dans une liste Google, dix résultats se partagent l’attention. Dans une réponse d’IA, il y en a deux ou trois. C’est un ordre de grandeur de moins.
Le clic qui disparaît
Voici la donnée la plus solide du dossier, et c’est aussi la plus inconfortable.
Quand une réponse générée par l’IA apparaît en haut des résultats de recherche, les gens cliquent sur un lien classique dans 8 % des visites, contre 15 % quand il n’y a pas de résumé. Les liens à l’intérieur de la réponse, eux, ne sont cliqués que dans 1 % des visites. Et 26 % des sessions se terminent après une page qui affichait un résumé IA, contre 16 % sans.
Ces chiffres viennent du Pew Research Center, qui a analysé 68 879 recherches réelles auprès de personnes ayant accepté de partager leur navigation.
Ce n’est pas un sondage où on demande aux gens ce qu’ils pensent faire. C’est du comportement observé, par un institut de recherche qui n’a rien à vendre en référencement. Sur ce sujet où presque toutes les statistiques viennent de gens qui vendent des services de visibilité, ça compte.
Tu n’es pas en retard, mais ce n’est plus théorique
Ici je tranche, parce que ce sujet attire les vendeurs de peur comme un aimant.
Tu n’es pas en retard. Chez les entreprises B2B québécoises, 44 % découvrent le concept de GEO et 25 % s’y intéressent activement. Seulement 43 % ont posé un geste concret. Le peloton est encore groupé, et si tu n’as rien fait, tu es dans la majorité. Ces chiffres viennent d’une étude de Bang Marketing auprès de 211 entreprises B2B québécoises, une agence qui vend précisément ces services, ce qui invite à les lire avec un peu de recul.
Mais ce n’est plus théorique. Même chez les meilleurs, 30 à 40 % du contenu des pages à forte valeur n’est tout simplement pas capté par les machines. Adobe a mesuré ça sur plus de mille milliards de visites de sites de détail. Ce n’est pas une question de taille d’entreprise, c’est une question de lisibilité par la machine.
Et voici ce qui compte le plus, à mon avis.
Quand quelqu’un pose une question sans nommer de marque, du genre « quel fournisseur pour tel besoin dans ma région », la réponse est construite à 89 % à partir de sources tierces. Des répertoires, des sites d’avis, des médias, des comparateurs. Pas ton site à toi. Cette analyse vient de Bain & Company, sur environ 500 millions de citations.
Autrement dit : ce qu’on dit de toi ailleurs pèse plus lourd que ce que tu dis de toi chez toi.
C’est un renversement complet de la logique du site web. Longtemps, la consigne était de tout ramener chez soi. La mécanique récompense maintenant l’inverse.
Ce qui est prouvé, ce qui est vendu
C’est la partie la plus utile, et personne ne la fait, parce qu’elle oblige à dire qu’on ne sait pas grand-chose.
Ce qui est prouvé. Une seule recherche évaluée par les pairs existe sur le sujet, publiée dans les actes de la conférence ACM SIGKDD en 2024 par une équipe de l’IIT Delhi, Princeton, Georgia Tech et l’Allen Institute for AI. Elle montre qu’ajouter des statistiques vérifiables et des sources crédibles produit les plus forts gains de visibilité dans les réponses génératives, de l’ordre de 30 à 40 %. Améliorer la lisibilité donne des gains plus faibles mais réels.
Ce qui n’est pas prouvé. Le fichier `llms.txt` est un petit fichier texte qu’on installe sur son site web pour se faire découvrir par les modèles d’IA : on leur dit quoi lire et comment nous comprendre. C’est vendu partout comme la solution du moment. Sauf qu’il n’a montré aucune corrélation avec la fréquence de citation, sur environ 300 000 domaines analysés. Le détail qui compte : c’est SE Ranking, un vendeur d’outils de référencement, qui publie ce résultat négatif. Contre son propre intérêt commercial. Ça ne veut pas dire qu’il faut le retirer, ça veut dire qu’il ne faut pas compter dessus comme levier principal.
Ce qui est vendu sans preuve. À peu près tout le reste. Les recettes du genre « tel canal multiplie vos citations par 5,3 » circulent sans méthodologie publiée, sans échantillon déclaré, souvent sans auteur nommé. Ce sont des corrélations non validées présentées comme des lois.
J’ai cherché sérieusement, et hors du papier académique de 2024, il n’existe pas de recherche indépendante et rigoureuse sur ce qui fait qu’une marque est citée. C’est le trou du sujet, et il vaut mieux le savoir avant de signer un mandat.
Le test de deux minutes
Commence par mesurer avant de dépenser.
Ouvre ChatGPT, Claude ou Perplexity. Demande de te recommander un fournisseur dans ton domaine et ta région. Regarde qui sort.
Si ce n’est pas toi, ce n’est pas une catastrophe. C’est un point de départ mesuré, et c’est déjà mieux que la plupart des entreprises qui n’ont aucune idée de ce que l’IA raconte à leur sujet.
Ensuite, une seule chose est appuyée par de la vraie recherche : publie de l’information précise, chiffrée et sourcée sur ce que tu fais. Pas du texte d’ambiance, pas du contenu pour occuper le blogue. Des faits vérifiables, avec leurs sources.
C’est ce que les machines reprennent. Et c’est accessoirement ce que tes clients lisent aussi, ce qui rend l’investissement doublement rentable.
Le reste, les fichiers magiques et les recettes de visibilité vendues par ceux qui n’ont pas de données, attends d’avoir des preuves avant de payer pour ça.
Tu remarqueras d’ailleurs que cet article cite ses sources, avec les organismes, les dates et les tailles d’échantillon. Ce n’est pas un hasard : c’est exactement ce que la recherche recommande de faire.
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