Depuis le début de 2025, un terme s’est installé dans le vocabulaire techno : le vibe coding. L’idée, lancée par Andrej Karpathy, un des cofondateurs d’OpenAI, est simple : on décrit en langage courant ce qu’on veut, et l’intelligence artificielle écrit le code à notre place. On programme par l’intention, plutôt qu’en tapant les lignes soi-même. Le mot a fait tellement de chemin qu’il a été sacré mot de l’année 2025 par le dictionnaire Collins.
Pendant des mois, on pouvait y voir une lubie de développeurs. Puis le 16 juin 2026, SpaceX a annoncé l’acquisition d’Anysphere, la société derrière Cursor, l’outil vedette du vibe coding, pour 60 milliards de dollars en actions. Selon Crunchbase, c’est la plus grosse acquisition d’une startup financée par capital-risque en 2026.
Je ne reprends pas cette nouvelle pour le spectacle des milliards. Le montant n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est le signal : la façon de fabriquer des logiciels est en train de changer, et cette tendance finit toujours par descendre jusqu’aux PME et aux organisations. La vraie question pour un dirigeant n’est pas de savoir ce que SpaceX fera de Cursor. Elle est plus terre à terre : qu’est-ce que ça change concrètement chez moi ?
Cet article reprend et élargit ce que j’ai partagé dans L’Architecte en juin 2026.
Vibe coding et vibe engineering : de quoi parle-t-on
Le vibe coding de 2025, c’était d’abord une attitude : se laisser porter par les vibes, accepter tout ce que l’IA propose, et presque oublier que le code existe. Karpathy lui-même décrivait ça pour des petits projets jetables de fin de semaine. Parfait pour bricoler. Dangereux pour faire rouler une organisation.
Parce qu’il y a une différence énorme entre un prototype qui impressionne dans une démonstration et un produit fini, livré à un client, sur lequel des gens travaillent tous les jours. Le vibe coding laissé à lui-même, sans expérience derrière, c’est de la magie qui tient par chance. Ça fonctionne, jusqu’au jour où ça casse en production et que personne ne comprend pourquoi. Le milieu a même un nom pour ça : la dette technique du code qu’on a écrit sans jamais le comprendre.
C’est pourquoi, en 2026, le concept a mûri. On parle maintenant de vibe engineering, ce que je traduirais par l’ingénierie par l’intention. On programme toujours en décrivant ce qu’on veut, mais du monde d’expérience garde la main. On relit, on teste, on impose des règles, on pense l’architecture, et surtout on décide où vivent les données. L’IA écrit vite. La personne d’expérience décide, vérifie et répond de ce qui sort. C’est de l’ingénierie. Simplement beaucoup plus rapide qu’avant.
La distinction n’est pas cosmétique. Elle sépare un gadget risqué d’un véritable levier de compétitivité.
Pourquoi le sur-mesure devient une arme
Voici le cœur du propos. Bien encadré, ramener vos applications à l’interne ne coche pas une seule case. Il en coche trois en même temps.
L’efficience
Bâtir un outil taillé à votre réalité, ça coûtait cher et c’était long. Alors on se rabattait sur un logiciel générique, un SaaS, et on pliait notre façon de travailler à la sienne. Le vibe engineering abaisse cette barrière. Vous pouvez enfin vous faire l’outil qui épouse votre manière de fonctionner, au lieu de l’inverse. Ce n’est plus l’organisation qui s’adapte au logiciel, c’est le logiciel qui s’adapte à l’organisation.
La souveraineté numérique
La plupart des SaaS qu’on utilise sont hébergés à l’étranger, souvent aux États-Unis. Vos données vivent donc sur des serveurs soumis à des lois étrangères, où d’autres peuvent légalement aller les chercher. Ramener vos applications spécifiques à l’interne, c’est reprendre le contrôle de l’endroit où vivent vos informations. Ce n’est pas une posture idéologique, c’est une question de contrôle réel sur ce qui vous appartient.
La cybersécurité et la conformité
Un outil que vous maîtrisez, dont vous savez exactement où réside la donnée, est plus simple à protéger et à mettre en conformité. La Loi 25 le rappelle : une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée est obligatoire avant de développer ou d’acquérir un système qui traite des renseignements personnels, et tout transfert de données hors Québec exige une protection équivalente dans la juridiction d’accueil. Construire chez soi, en sachant ce qu’on fait, simplifie cette équation au lieu de l’externaliser.
Dans ma pratique d’architecte, la cybersécurité, la protection des données et la conformité ne sont pas un dossier à côté. Elles sont transversales et intégrées à chaque chantier. Je collabore avec des spécialistes pour la conformité finale, mais le cadre que je pose en amont intègre déjà ces préoccupations.
Efficience, souveraineté, sécurité : trois gains dans le même geste. À une condition, et elle n’est pas négociable : que ce soit encadré par quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Sinon, on a simplement déplacé le risque ailleurs.
Mon chantier : une surcouche pour 59 équipes
Je vais vous donner un exemple concret, tiré de mes propres mandats, parce que c’est plus honnête qu’une théorie.
Depuis 2018, j’offre un service de gestion documentaire sur SharePoint. Presque dix ans à configurer, structurer et faire vivre des environnements documentaires pour des organisations. C’est un savoir-faire que j’ai bâti lentement, dossier par dossier, mandat par mandat.
Récemment, dans un mandat StemJee, j’ai vibe codé une application par-dessus cet environnement. Pas pour remplacer SharePoint : pour l’orchestrer. Le client devait coordonner 59 équipes, créer chaque espace, faire circuler la bonne information, garder la communication fluide, et surtout ne rien perdre en chemin. Mon application gère la création de ces multiples équipes, structure la communication, et s’appuie sur l’IA non seulement pour bâtir l’outil, mais aussi pour produire les statistiques et soutenir les communications.
Remarquez bien ce qui s’est passé. Je n’ai pas jeté ce qui fonctionnait. SharePoint était déjà là, déjà bien configuré après des années d’efforts. J’ai ajouté une surcouche, taillée précisément pour la réalité de ce client, qui regroupe ses outils existants et y greffe ce qui manquait : un tableau de bord, une coordination des équipes, une communication appuyée par l’IA.
Deux choses me frappent dans ce chantier.
La première, c’est que l’expérience fait la différence. Je n’ai pas improvisé. J’avais dix ans de pratique sur SharePoint avant d’écrire une seule ligne avec l’IA. C’est exactement ça, le vibe engineering : l’intention vient de quelqu’un qui connaît le terrain, l’IA accélère l’exécution. Sans ces dix ans, j’aurais produit de la magie qui tient par chance.
La deuxième, c’est l’effet sur le client. En décuplant un service que je raffine depuis presque dix ans, je peux réduire son coût. Il obtient un outil qui colle à sa réalité, au lieu d’un logiciel générique auquel il devrait plier ses 59 équipes. Ses données restent là où il les maîtrise. Et il gagne en efficacité de communication, tout de suite.
Ce n’est pas un projet de transformation de dix-huit mois. C’est une surcouche, livrée vite, par-dessus ce qui marchait déjà.
La voie court terme : une surcouche, pas une refonte
C’est le point le plus important pour un dirigeant, et c’est aussi le plus rassurant. Vous n’avez pas à tout changer pour profiter de cette tendance maintenant.
Comme je l’écrivais récemment, devenir AI-first, c’est un réflexe, pas une refonte. La même logique s’applique ici. La voie court terme, ce n’est pas de jeter vos outils actuels, qui sont souvent bien configurés après des années d’efforts. C’est d’ajouter une surcouche qui les regroupe dans un outil adapté à vous, avec un tableau de bord, une communication plus fluide, l’efficacité au quotidien.
Vous devenez plus compétitif tout de suite. Vous gagnez en efficience et en qualité de communication grâce à l’IA. Et vous remplacez le reste plus tard, si vous le voulez, à la vitesse qui vous convient. Sans tout casser.
Je ne dis pas qu’il faut tout rebâtir et jeter vos logiciels. Pour bien des fonctions, un SaaS éprouvé reste le bon choix, le plus solide et le plus économique. La vraie compétence n’est pas de tout coder soi-même. C’est de savoir quand bâtir pour se démarquer, et quand s’appuyer sur ce qui existe déjà. Le vibe engineering ajoute une option puissante à votre coffre. Il ne le remplace pas.
Ce qu’on retient
Trois idées à conserver.
Le vibe coding devient sérieux quand il devient du vibe engineering. La nouvelle de SpaceX confirme une tendance de fond, mais le gain n’arrive que si l’exécution est encadrée par quelqu’un d’expérience, qui relit, teste et décide où vivent les données. Sans ça, vous n’achetez pas de l’efficience, vous achetez de la dette technique.
Bien encadré, ça coche trois cases d’un coup. Un outil taillé pour vous, c’est plus d’efficience, mais aussi plus de souveraineté numérique et une meilleure cybersécurité. La conformité à la Loi 25 s’en trouve simplifiée quand vous savez où vivent vos données. Ce n’est pas un luxe technique, c’est un avantage de compétitivité.
Vous n’avez pas à tout changer pour en profiter maintenant. Commencez par une surcouche qui regroupe vos outils actuels et y ajoute ce qui manque. Devenez plus efficace tout de suite, et remplacez le reste plus tard, à votre rythme. C’est possible.
Ressources disponibles
Une page ressources sur mon site regroupe les outils que je partage pour aider les dirigeants à cadrer leur usage de l’IA et la gouvernance de leurs données. Disponibles sans courriel demandé :
- Starter Pack une page, un cadre minimal de gouvernance IA en sept questions, à remplir avec votre équipe en une heure. Avant de bâtir un outil ou de confier vos données, c’est le bon réflexe pour décider ce qui peut sortir et ce qui doit rester chez vous.
- Guide pratique 18 pages, la version approfondie pour les organisations qui veulent structurer leur cadre et leur conformité.
Tout est centralisé sur la page ressources : stevejohnston.co/ressources/.
Pour en discuter
Si vous voulez en discuter, regarder ensemble ce à quoi ressemblerait une surcouche sur mesure dans votre PME/organisation, ou simplement valider votre cadre minimal de gouvernance des données, je suis très heureux de le faire avec vous : stevejohnston.co/contact/